Fusions-Acquisitions : Les 5 Plus Gros Deals De La Décennie En Afrique

Longtemps perçue comme un marché périphérique dans les grandes opérations de fusions-acquisitions mondiales, l’Afrique s’impose progressivement comme un terrain stratégique pour les investisseurs internationaux et les champions continentaux. Tour d’horizon des cinq plus gros deals de la décennie, révélateurs des recompositions à l’œuvre sur le continent.
Par Régis Kangou
1) Canal+ Et Multichoice : La Guerre Des Contenus
Leader de la télévision payante sur les marchés francophones en Afrique, le Français Canal+ a frappé un grand coup en septembre 2025 en rachetant le géant sud-africain de la télévision et du streaming MultiChoice, au terme d’une procédure de près de deux ans. L’opérateur de télévision tricolore avait alors formulé une offre de 125 rands par action, ce qui valorisait le géant sud-africain à quelque 2,8 milliards de dollars. Un deal majeur, qui a redessiné le paysage audiovisuel africain et salué à l’époque par la direction de Canal + comme «sa plus grande opération jamais réalisée ». De fait, la transaction a permis au groupe contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré de renforcer sensiblement son portefeuille clients, passé à plus de 40 millions d’abonnés dans près de 70 pays d’Afrique, d’Europe et d’Asie. La concurrence, il est vrai, poussait à agir vite et décisivement : face à la montée en puissance des plateformes de streaming internationales, Canal+ cherchait à bâtir un champion capable de rivaliser sur les contenus locaux et les droits sportifs.2) Coca-Cola HBC Et CCBA : La Consolidation Panafricaine
Aussi discret que puissant, l’embouteilleur grec de Coca-Cola, Coca-Cola Hellenic Bottling Company (HBC), a changé d’échelle en actant en octobre 2025 la prise de contrôle de Coca-Cola Beverages Africa (CCBA), via le rachat des 75% de participations détenues par The Coca-Cola Company (41,52%) et la Gutsche Family Investments (33,48%). Un investissement d’un coût de 2,6 milliards de dollars, apte à renforcer sensiblement la présence de l’entreprise grecque sur le continent. Jusqu’ici implanté au Nigeria – depuis 1952- et en Égypte – depuis 2022 – Coca-Cola HBC sera désormais présent dans 14 nouveaux pays africains, situés essentiellement en Afrique australe (Zambie, Afrique du Sud, Namibie, Botswana, Lesotho et Eswatini) et Afrique de l’Est (Kenya, Éthiopie, Malawi, Tanzanie et Comores). De quoi faire du groupe hellénique le plus grand embouteilleur indépendant de Coca-Cola au monde en ce qui concerne l’implantation géographique (43 pays couverts au total), et le second en termes de chiffre d’affaires derrière le britannique Coca-Cola Europacific Partners (CCEP).
3) Asahi Et East African Breweries : L’offensive Asiatique
Acteur dominant en Afrique de l’Est, le brasseur kényan East African Breweries (EABL) a fait parler de lui fin 2025, au terme d’une opération d’envergure qui aura marqué un tournant dans le monde agroalimentaire africain, peu habitué aux transactions se chiffrant en milliards de dollars. Désireux de s’implanter sur un marché africain en forte croissance, où la classe moyenne et la consommation de boissons premium progressent rapidement, le Japonais Asahi a sorti le grand jeu en mettant 2,3 milliards de dollars sur la table pour acquérir la participation du britannique Diageo dans EABL. De fait, le premier producteur mondial de spiritueux (Johnnie Walker, Smirnoff, Captain Morgan…) cherchait à réduire son exposition à l’activité brassicole sur le continent africain. Un mouvement inverse du Japonais, dont le rachat du brasseur kényan illustre au contraire l’intérêt croissant des investisseurs asiatiques pour l’Afrique, le groupe basé à Tokyo étant de fait déjà présent à l’international sur les segments de la bière, des boissons alcoolisées et non alcoolisées, ainsi que de l’agroalimentaire.
4) MTN Et IHS Towers : La Bataille Des Infrastructures Télécoms
Colosse des télécoms (plus de 300 millions d’abonnés), le groupe sud-africain MTN a marqué les esprits en début d’année en annonçant la prise de contrôle à 100 % du propriétaire, gestionnaire et constructeur de tours télécoms IHS Towers, dans le cadre d’une transaction estimée à 2,2 milliards de dollars. Une belle prise assurément : l’entreprise, fondée au Nigeria en 2001, compte 29 000 tours en Afrique et revendique la place de cinquième gestionnaire indépendant de tours télécoms au monde. Mais au-delà des montants en jeu, l’opération traduit un changement de philosophie majeur, la réintégration des infrastructures télécoms par les opérateurs historiques. Actionnaire historique d’IHS Towers, le groupe dirigé par Ralph Mupita avait par le passé choisi d’externaliser la gestion de ses tours en Afrique de l’Ouest en les vendant à IHS Towers, jugeant alors ces infrastructures « non essentielles ». Aujourd’hui, cette rhétorique n’a plus cours, l’opérateur sud-africain cherchant désormais à reprendre le contrôle d’actifs devenus stratégiques à l’heure de la 4G avancée et de la 5G.
5) Seplat et ExxonMobil : la montée en puissance des acteurs africains
Conclu en février 2022, le rachat des actifs onshore nigérians de la major américaine ExxonMobil par la société locale Seplat Energy, pour un montant proche de 2 milliards de dollars, a rebattu en profondeur les cartes du secteur des hydrocarbures ouest-africain. Et pour cause, elle traduit la montée en puissance d’une nouvelle génération de producteurs nigérians qui, à la faveur du mouvement de désengagement progressif des majors occidentales des actifs terrestres, jugés moins rentables ou plus risqués, s’imposent progressivement comme des acteurs clés de la filière. Dans la foulée de la reprise des actifs d’ExxonMobil, la direction de Seplat a confirmé la relance prochaine de 400 puits fermés par la major américaine afin de booster les exportations de gaz et stimuler l’approvisionnement national au Nigeria. Un projet ambitieux pour lequel la société nigériane prévoit d’injecter 320 millions de dollars et qui devrait à terme porter sa production à 140 000 barils par jour.




