Joseph Kazibaziba : « La RDC Amorce Une Transition Vers L’Exploitation Minière À Petite Échelle »

Directeur général de l’entreprise publique DRC Gold Trading et vice-président national de la Fédération des entreprises du Congo (FEC), Joseph Kazibaziba décrypte les enjeux, mutations et défis d’un secteur minier en pleine recomposition.
Propos recueillis par Patrick Ndungidi
Forbes Afrique : Quel Est Le Rôle De DRC Gold Trading ?
Joseph Kazibaziba : DRC Gold Trading est une société de portefeuille de l’État congolais dont la mission principale est d’assainir la chaîne d’approvisionnement de l’or artisanal. Elle est chargée de l’achat, de la commercialisation et de l’exportation de l’or issu de l’exploitation artisanale et à petite échelle.
La société a pour actionnaires l’État congolais, la Gécamines et d’autres partenaires publics. Elle est aujourd’hui la plus grande société de trading d’or artisanal en RDC, un modèle qui n’existait pas auparavant.Cette initiative est née de la volonté du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, de faire bénéficier les communautés locales des retombées de l’exploitation minière artisanale et de restaurer la confiance de l’État dans ce secteur.
Dans le secteur artisanal et à petite échelle, DRC Gold Trading est le principal acteur pour l’or. Pour les minerais stannifères, plusieurs sociétés opèrent dans la cassitérite, le coltan et la wolframite.
À ce titre, CGX Minerals, société de mon groupe, figure parmi les plus grands exportateurs de minerais stannifères en RDC, avec des bénéficiaires congolais, ce qui est un élément important à souligner.
Comment Se Présente Le Secteur Minier Congolais Actuellement ?
J. K. : Le secteur minier en République démocratique du Congo se décline essentiellement en deux grands segments : les mines industrielles et les mines artisanales. Dans le secteur des mines industrielles, la RDC est déjà engagée dans un processus avancé de transformation locale, notamment dans le cuivre et le cobalt. Un pas important a été franchi dans la chaîne de valeur, avec la multiplication d’unités de transformation, particulièrement dans l’ex-Katanga, devenu un véritable pôle de concentration industrielle. On retrouve également l’or exploité industriellement, ainsi qu’un ensemble d’équipements et d’infrastructures qui soutiennent cette dynamique. Cette orientation vers la transformation locale est appelée à se renforcer dans les années à venir.
À côté de cela, le secteur des mines artisanales est très présent notamment dans l’Est du pays. On y exploite principalement les minerais dits stannifères : la cassitérite, le coltan et la wolframite, ainsi que l’or. Le coltan, en particulier, est au cœur de nombreuses difficultés. C’est un minerai stratégique, mais aussi celui qui a généré le plus de problèmes en raison de son exploitation désorganisée, des circuits illicites et des enjeux sécuritaires dans les zones concernées.
L’or artisanal, quant à lui, est également exploité avec toutes les conséquences sociales, économiques et environnementales que cela implique. En résumé, le secteur minier demeure l’un des principaux contributeurs au budget national. La RDC figure parmi les plus grands producteurs mondiaux de cuivre et de cobalt. Les minerais stannifères et l’or occupent également une place stratégique, malgré certaines pertes de contrôle observées ces dernières années, notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, riches en coltan et en cassitérite. L’occupation de certaines zones minières stratégiques, comme celle de Rubaya, a contribué à cette perte de contrôle, alors même qu’il s’agit de l’un des plus grands gisements de coltan du pays, voire de la région.
Aujourd’hui, On Observe Une Transition Vers L’exploitation À Petite Échelle. Comment Cette Transition Se Déroule-T-Elle ?
J. K. : La RDC s’oriente progressivement vers une migration de l’exploitation artisanale vers l’exploitation minière à petite échelle, de manière structurée et échelonnée. L’objectif est de sortir progressivement de l’artisanat informel pour aller vers un modèle plus organisé, plus traçable et plus bénéfique pour l’État et les communautés locales.
Le cas de l’or artisanal est une avancée majeure. Pendant de nombreuses années, la RDC exportait à peine 25 kilogrammes d’or par an. Cette situation a radicalement changé avec la création de DRC Gold Trading. En moins de trois ans, plus de 10 tonnes d’or ont été exportées.
Cela démontre une réelle réorganisation de la chaîne d’approvisionnement, d’assainissement et de formalisation de l’exploitation artisanale de l’or. Cette dynamique a permis un rapatriement massif de fonds dans le circuit officiel, représentant des centaines de millions de dollars, avec un impact positif sur la transparence bancaire, la traçabilité et la crédibilité internationale du pays.
Quels Sont Les Défis Auxquels Fait Face Le Secteur Minier Et Quelles Solutions Apporter ?
J. K. : Les défis majeurs du secteur minier peuvent être regroupés principalement en deux catégories : le déficit énergétique, qui freine l’industrialisation et la transformation locale ; ainsi que les infrastructures, notamment routières, qui restent insuffisantes. Cependant, ces défis doivent être perçus comme de véritables opportunités d’investissement. Le déficit énergétique, par exemple, ouvre la voie à des investissements massifs dans le secteur de l’énergie. Il en va de même pour les infrastructures. La question sécuritaire est souvent évoquée, mais une économie forte et structurée a la capacité d’absorber les tensions. La stabilisation économique contribue naturellement à la stabilisation sécuritaire.
À moyen et long terme, le secteur minier, soutenu par la transformation locale, va générer une multitude d’activités connexes : énergie, transport, services financiers, emploi, infrastructures. Le développement d’une mine entraîne tout un écosystème économique.
Ainsi, le secteur minier constitue un levier majeur de développement économique pour la RDC, capable de stimuler durablement la croissance nationale et d’améliorer les conditions de vie des populations.

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